Insuffisance du nombre de pédopsychiatres : 12 mesures d’urgence annoncées

santé, psychiatrie, santé publiqueLe lundi 03 septembre 2018

J’avais interrogé la Ministre de la santé sur le manque de moyens de la pédopsychiatrie. En effet, alors que la santé physique des enfants s’améliore depuis les années 2000, cette évolution est bien moins significative pour ce qui concerne les troubles mentaux.

Dans certaines régions le délais d’attente pour une prise en charge peut atteindre six mois à un an. L’offre de soins est en nette diminution et selon les secteurs géographiques, il manque 7 à 41 % de professionnels.

La demande est également en forte hausse : entre 1991 et 2003, le nombre de mineurs (jusqu’à l’âge de 15 ans), vus au moins une fois en pédopsychiatrie, a augmenté de 80 % (Rapport d’information du Sénat de 2017 sur « La situation de la psychiatrie des mineurs en France »). Augmentation qui s’est poursuivie jusqu’en 2014 avant de s’atténuer.

Dans le même temps, le nombre de pédopsychiatres a été divisé par deux entre 2007 et 2016 et la France est le pays européen qui a la plus faible offre de soins sur ce point. Plusieurs universités de médecine n’ont d’ailleurs aucun professeur de psychiatrie de l’enfant.

Les professionnels sont donc à juste titre particulièrement inquiets.

Face cet enjeu majeur de santé publique, j’avais demandé à la Ministre ce qui allait concrètement être mis en œuvre afin d’y remédier.

Dans sa réponse la ministre précise qu’à l'occasion du congrès de l'Encéphale 12 mesures d'urgence ont été annoncées parmi lesquelles figure la nomination de PU-PH de pédopsychiatrie dans les facultés de médecine non dotées.

A l'issue des révisions d'effectifs 2018, 2 postes supplémentaires ont été créés en pédopsychiatrie, ce qui porte l'effectif national à 41 emplois hospitalo-universitaires.

Afin de renforcer les effectifs et l'attractivité de cette discipline à l'hôpital, 10 postes de chefs de clinique de pédopsychiatrie sont créés.

La pédopsychiatrie a également été inscrite comme thématique prioritaire au sein du programme hospitalier de recherche clinique 2018.

Ces mesures font partie d'une feuille de route pour la santé mentale et la psychiatrie déclinée dans le cadre du comité stratégique de la santé mentale et de la psychiatrie installé le 28 juin 2018.

Au travers de cette feuille de route, le Gouvernement agit plus spécifiquement en faveur des jeunes afin de leur donner des outils pour préserver leur santé mentale et d'augmenter les chances de rétablissement de ceux touchés par un trouble psychique. En effet, 80 % des troubles se déclarent entre 15 et 20 ans.

La feuille de route comprend ainsi des mesures pour le développement des compétences psychosociales des jeunes et le repérage précoce des troubles psychiques avec par exemple l'expérimentation "Ecout'Emoi" lancée dans trois régions, qui permettra à plus de cinq cents jeunes de 11 à 21 ans, en souffrance psychique dans ces régions, de bénéficier d'une évaluation médicale et de consultations psychologiques en libéral.

L'augmentation de la demande de soins nécessite une évolution de l'organisation des soins afin que l'accès aux soins puisse être réalisé dans des délais raisonnables. C'est pourquoi il importe de faire travailler de manière coordonnée tous les acteurs d'un même territoire, autour du parcours de soins et de vie : médecins généralistes, pédiatres, PMI, psychiatres et pédopsychiatres qu'ils soient libéraux et hospitaliers, travailleurs sociaux, établissements et services sociaux et médico-sociaux…

La feuille de route pour la santé mentale et la psychiatrie promeut cette coordination avec le développement des projets territoriaux de santé mentale que tous ces acteurs sont amenés à construire.